Les armes Larminat : "D'hermines plain"

« En héraldique, l'hermine est un émail qu'on appelle fourrure ou Pennes, en vieux français. L'hermine est une petite belette blanche de la forme d'une mustelle qui a, au bout de sa queue, une petite pointe extrêmement noire. L'hermine est la dépouille d'un rat du terroir de Pont en Asie, de pelage blanc. De cette dépouille, on a fait une fourrure, et pour la faire paraître plus blanche, par l'éclat du contraire, les pelletiers et les fourreurs la mouchetèrent de petits morceaux d'agneaux de Lombardie renommés par leur noir luisant.

L'hermine dans le blason est une petite moucheture noire ou de sable, sur un fond blanc qui est son émail particulier, et non d'argent ; elle se figure par trois petites pointes plus ou moins longues dont les poils sont plus ou moins nombreux, et dont on peut voir les différences aux armes d'Arminot (avec une seule queue poilue), ou d'Ayminot (avec trois petites pointes de longueurs différentes). Ce ne sont que des variantes, car si les héraldistes ou généalogistes savaient approfondir les mystères du blason, ils sauraient que Ayminot et Arminot sont en fait la même famille. » (i)

Armes Larminat

C'est probablement à l'occasion de son mariage, en 1744, et pour honorer ses nouvelles fonctions de Commissaire des guerres, qu'Antoine de Larminat s'approprie un blason « D'hermines plain ». Son beau-père cachetait ses plis avec un blason, et Antoine dédaigna les armes de la branche aînée. C'est, en effet, son oncle Jean-François de LARMINAT, advocat au parlement et échevin de Thionville, qui avait fait sa déclaration, cinquante ans auparavant en 1697, en décrivant ses armoiries « d'azur au pal d'argent, chargé d'un tourteau d'azur ».

Un édit royal de 1696 avait prescrit un collationnement général des titres de noblesse et des armoiries dans tout le royaume, sous la direction de Charles d'Hozier. Cette déclaration de Jean-François de LARMINAT était inscrite au cœur d'une liste se terminant par le commentaire suivant : « il n'a été fourni par les dénommés ci-dessus, aucune figure ni explication d'armoiries », mais il était précisé qu'ils avaient « néanmoins payé les droits d'enregistrement ». Il est donc probable qu'Antoine reprend « d'hermines plain » comme armes parlantes. Le débat sera à nouveau d'actualité lorsque Pierre-Louis-Edouard devra enregistrer ses armes pour constituer le dossier officiel de « baron », en 1848 !

Le biographe Emmanuel Michel dit d'ailleurs, dans sa « Biographie du Parlement de Metz », que la famille de Larminat « porte aujourd'hui tout d'hermines ». La coutume est donc bien ancrée en 1855, lors de l'édition de cette biographie.

Toute la question est de savoir si les armes étaient portées de longues dates par les LARMINAT. On verra qu'une hypothèse existe que Jean-François LARMINAT, en déposant « d'azur au pal d'argent, chargé d'un tourteau d'azur » a pu faire une forme de résistance fiscale en refusant de payer pour des armes que sa famille portait peut-être depuis des temps antérieurs à 1696.

L'orthographe est bien celle de « plain » : le terme « plain » est un terme de vieux français, qui ne se rencontre plus guère qu'en héraldique et dans l'expression « de plain pied », voire dans harnois plain (armure de plates complète). Il désigne quelque chose qui n'a pas de rupture ou d'altération, idée qui se retrouve dans sa forme féminine « une plaine ». Un écu plain (on tend à présent à dire « plein ») n'a qu'un champ, qu'aucune autre charge ne vient altérer : le champ plain couvre toute sa plaine.

On reproche également à Antoine d'avoir pris les armes de Bretagne. Encore une erreur !

Cette idée d'armes parlantes ne serait pas réservée aux Larminat. On trouve ainsi :

  • La famille d'Armimot, seigneurs de Beauregard, Montrichard, Fée le Chatel et Préfontaine, en Bourgogne, qui porte « d'argent à trois mouchetures d'hermines » (v).
  • La même famille orthographiée Ayminot qui portait également « d'azur trois moucheture d'hermines d'azur », cas rare où les mouchetures ne sont pas de sable (vi).

Les hermines ne sont d'autant moins un monopole de la Bretagne qu'on trouve autour de Metz les communes suivantes qui ont des hermines dans leur blason :

  • 57-Ancerville (Moselle) (22 km SE de Metz) : « D'hermines à quatre fasces de gueules ».
    Cette ville tient-elle son blason de Constance d'Esch qui épouse vers 1520 Nicolas de Raigecourt, seigneur d'Ancerville ? A l'Armorial Berry datant de 1450 environ, Jacques d'Esch (Dex, d'Esch), mort en 1465 et père de Constance, porte « burelé d'hermines et de gueules de dix pièces » sans que l'on puisse en tirer de conclusion. Les Esch sont d'extraction chevaleresque remontant au Xe et XIe et appartiennent aux lignages urbains de Metz depuis le XIIIe et à ceux de Verdun antérieurement. D'où tenaient-ils leurs armes ? Il semble qu'il s'agisse d'une brisure venue charger les burelles 1, 3, 5, 7 et 9, et non pas un champ d'hermines initial chargé de cinq burelles de gueules.
  • 54-Jarny (Meurthe et Moselle) (26 km W de Metz) : « D'argent aux neuf mouchetures d'hermine de sable ordonnées 4-3-2, au chef de gueules chargé de trois annelets d'argent ».
    La ville de Jarny adopta vers 1960 les armes de la famille de Gorcy, ses anciens seigneurs. Cependant, afin de se distinguer de la commune de Gorcy, près de Longwy, berceau de la famille, elle utilisa trois annelets d'argent et non pas d'or.
  • 54-Gorcy (Meurthe et Moselle) (73 km au SE de Metz) : « D'argent aux neuf mouchetures d'hermine de sable ordonnées 4, 3 et 2, au chef de gueules chargé de trois annelets d'or ».
    Ce sont les armes de la famille de Gorcy. Cette famille, d'ancienne chevalerie, remonte à Richer de Gorcey en 1150 et a eu de nombreux descendants en Lorraine et au Luxembourg. La seule branche existante aujourd'hui est celle des Gourcy-Serainchamps, établie en Belgique.
  • 54-Phlin (Meurthe et Moselle) (31 km S de Metz) : « D'hermine au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d'or ».
    Ce sont les armes de la famille Felin, d'ancienne chevalerie. Ce lignage s'est éteint au XV° siècle avec Alix de Felin qui épousa en 1400 Henri III de Cherisey. Cette seigneurie, orthographié maintenant "Phlin", passa alors dans la maison de Cherisey.
  • 54- Saint-Baussant (Meurthe et Moselle) (51 km SW de Metz) : « Tiercé en pal : ... au troisième d'azur aux trois mouchetures d'hermine d'argent rangées en pal ».
    Ce sont les armes des seigneurs de Saint Baussant, d'ancienne chevalerie. On trouve plusieurs variantes pour le blason de cette famille. Il a été repris par différentes familles. Au XVIII° siècle, Jean Capel obtint la permission de reprendre les armes de sa mère, Marie de Saint Baussant. Un peu plus tard, Etienne Agion de la Noix, lieutenant des gardes du corps de SAR, confirmation de noblesse maternelle le 07/12/1736, eut la permission de reprendre celles de sa mère, Gabrielle de Saint Baussant. Au Luxembourg on trouve aussi une famille de Saint Baussant. Tous ces blasons sont légèrement différents, mais ils sont tous des tiercés, seul l'ordre des quartiers diffère ainsi que les émaux.

Il n'est donc jamais mauvais de prendre conscience que l'emblématique n'est pas monosémique. Toutefois scruter les blasons communaux mène souvent à la dispersion car ceux-ci sont, pour la plupart, d'époque moderne (à partir du XVIe) voire tout à fait contemporains (XIXe et XXe). On a pas mal mythifié en particulier sous le Régime de Vichy. D'évidence, l'utilité est souvent nulle dans l'établissement de faisceau de recherches efficaces.

La bonne piste, en matière héraldique, devrait consister à consulter les inventaires des sceaux lorrains, urbains, institutionnels et surtout familiaux. Les inventaires meusiens sont hélas inexistants, les parchemins ayant été pour la plupart dépouillés de leurs sceaux au XIXe par des "collectionneurs" un peu amateurs et surtout voleurs. Les inventaires de la Meurthe sont très importants compte-tenu du siège du parlement de Nancy, au moins trois volumes. Il faudrait également vérifier l'état de l'inventaire mosellan. C'est un objet délaissé par la recherche, la science du blason et du sceau étant, trop souvent, entachée de parti-pris idéologique.

Cette consultation devrait se concentrer sur l'espace lorrain et luxembourgeois, et toujours avant la date de la première apparition du blason des LARMINAT. Ce qui le suit dans le temps ne conduit qu'à la dispersion. L'important, c'est la date, le lieu et le contexte de la prise d'armoiries.

Il n'existe pas de règles strictes de transmission du blason. En particulier pour les périodes anciennes. Bien que les sceaux soient apparus d'abord sur la Meuse, ce sont les paysans normands qui en ont fait un usage immédiat. Les rois de France prirent la fleur de lis après bien des familles chevaleresque ou bourgeoise, etc... On ne peut rien déduire a priori. Tout est à relativiser en fonction des époques, des aires géographiques, du contrat social propre à chaque royaume, province ou état, etc...

Concernant les blasons portant des fourrures, d'hermine ou autre, Michel Pastoureau a fait un dépouillement statistique des armoriaux montrant, sur l'ouest et le centre, qu'elles sont très peu utilisées et n'apparaissent que dans 2% des écus. C'est probablement par les croisés que les fourrures d'hermine et de vair, qui servirent d'abord à doubler les habits, puis à garnir les écus, sont passé dans les blasons. Le Rôle d'Armes Bigot qui est le plus ancien armorial occasionnel connu en France date de 1254 et qui recense, en dialecte picard, les participants à une chevauchée, vérifie cette proportion. Parmi les chevaliers bannerets non français figure un Vilaine de Glingeham qui porte d'hermines au chef endenté de gueules (« l'escu d'ermines au kief de geules endenté » dans le texte) dont on ne sait rien, ni par son nom, ni par ses armes, sinon qu'il est "habingnons", c'est-à-dire habitant de la Hesbaye, région au nord de la Meuse, dans la partie nord-est de l'actuelle Belgique. La gloire passe !

Nous avons là l'un des plus anciens écus d'hermine de l'espace mosan. L'autre étant celui d'Azannes.

 


 

(i) Source : Victor Bouton, « Nouveau traité d'armoiries » (Libraire Dentu - Chap. II, p. 11)

(ii) Mail (mardi 18/05/2010 à 10:52) de Thierry Paquin, anthropologue et linguiste, à Bruno de Larminat

(iii) Armes de Gillet de la Vallée : « D'argent, à cinq annelets de sable posés en sautoir, cantonnés de quatre mouchetures d'hermine du même »

(iv) A noter qu'Odette de MAUCERVEL épousa Jean HENNEQUIN, fis de Jean, seigneur de LANTAGES, et de Louise de Longeville, et peut être à rapprocher de :
Marie-Françoise LARMINAT (o 57-Thionville 5.1.1698+ Sarreguemines 30.8.1751), fille de Jean LARMINAT et d'Apoline Fourot, épouse à 57-Thionville le 13.6.1719 d'Adam-Dieudonné de HENNEQUIN d'EDLINGEN (o 57-Freistroff v. 1680), fils de Fodoque et de Anne-Claire Passe

(v) Source : Victor Bouton, « Nouveau traité d'armoiries » (Libraire Dentu - n°27, p. 14)

(vi) Source : Victor Bouton, « Nouveau traité d'armoiries » (Libraire Dentu - n°33, p. 17)

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Lors de la réunion familiale de 2007, Stan de Larminat a présenté aux plus curieux (aux plus patients ?) une liste de parentés célèbres. N'hésitez pas à (re)découvrir ces cousinages surprenants...