L'origine du nom Larminat - Pistes et fausses pistes

Il était une fois, il y a 397 ans...

 

Une origine Las Minas ? 1ère fausse piste espagnole

« La famille portait en Espagne le nom de Las Minas, ai-je entendu répéter dans mon enfance. Larminat est un nom catalan, affirmait-on d’autre part ; le « t » final est caractéristique. Louis Larminat était un Maure d’Espagne, m’a même dit un Larminat de la branche aînée. Toutes ces précisions paraissent fantaisistes. » (source : Petite histoire des Larminat, page 10)

Il signait « Louys » et non « Luis », ce qui ne plaide pas pour une origine espagnole des Larminat. Par ailleurs, des actes le disent : « au service de l’Espagne »... ce qui ne peut être que le fait d’un étranger à l’Espagne !

Certaines sources fantaisistes sont même allées jusqu’à prétendre que Louis Larminat avait été retenu comme 1er échevin « par l’influence du lieutenant général espagnol de Thierriot, Gouverneur de la ville », alors qu’il s’agissait de Charles Thierriat d’Espagne qui n’avait rien d’espagnol mais était originaire de Saint-Florentin dans l’Yonne. Cette confusion a pu contribuer à entretenir cette légende d’une origine espagnole.

 

Une origine d’Armagnac ? 2nde fausse piste

« Pourquoi n’y ajouterions-nous pas une hypothèse personnelle ? » dit Edouard de Larminat dans sa « Petite histoire » (page 10) :

    Au temps de la grande querelle des Armagnacs et des Bourguignons, vers 1430, le « Journal d’un Bourgeois de Paris », cité par Bainville dans son Histoire de France parle des « Armignats », parti de Jeanne d’Arc « Tuez ces traîtres Armignats ! » criaient les Parisiens, partisans du duc de Bourgogne. L’Armignat, Larminat, qu’on trouve parfois écrit L’Armina, l’origine est plausible, sinon vraisemblable. Ainsi notre nom serait-il purement français, et nous nous appellerions Larminat comme tant d’autres s’appellent Lallemand ou Lebreton.

    Cette hypothèse personnelle s’est trouvée corroborée par la découverte faite par Xavier de Larminat, dans les papiers de famille du Louverot, d’une note adressée le 18 avril 1863 à son grand-père Ferdinand de Larminat, lieutenant de vaisseau à Toulon, par le Cabinet Héraldique pour la France et la Belgique ; cette note s’exprime ainsi :

    « Nous croyons la famille de LARMINAT originaire du Roussillon et non pas de l’Espagne, et, selon nous, elle doit descendre d’un cadet de la famille des Armagnac qui est venu se fixer en Champagne en 1400, où il aurait eu des descendants qui ont modifié leur nom d’après la prononciation de cette province, en celui d’Armignat, l’Armignat ou Larminat ces trois noms sont bien les mêmes. »

    C’est aussi l’avis du colonel Sadi Carnot, très versé dans ces questions d’onomatologie, et qui affirme que, en France, tous les noms tels que Larminat, L’Armignat, Larminot, viennent d’anciens Armagnacs.

Cette hypothèse paraît absurde : les Armagnac, quand ils passent en Lorraine, sont surnommés « les égorgeurs ». Il parait incongru que certains Armagnac soient venus s’installer dans la région après leur dispersion quand ils furent battus en Alsace. Imaginerait-on un SS allemand venir s’installer à Oradour-sur-Glane en demandant de se faire appeler « Hessehes » après leur défaite de 1945 ?

 

Une origine Dodran dit « l’Hermine » ? 3ème fausse piste du blason

Certains historiens prétendent qu’on disait aussi bien Larminat dit Audran que Audran dit l’Hermine... L’onomastique (i) peut-elle nous aider à lever cette énigme ?

En patois lorrain, l'article se place toujours devant les noms communs comme les noms propres, du type La Clot pour Clothilde, La Guerite pour Marguerite, ... ou encore des phénomènes d'aphérèse comme Lexandre pour Alexandre, Lestin pour Célestin, etc... On pourrait envisager quelque chose comme L'armina, L'ermina, L'Herminat, L'Harminat ayant à voir avec l'hermine ou bien autre chose.
D’autre part, en vieux français, le suffixe « et » est un diminutif et, en Lorraine, notamment dans la Meuse et dans les Vosges, le suffixe se réalise parfois en « at ». En vieux français, « Herminet » signifie « fourrure d’hermine ». Ce pourrait être une question de livrée, l'herminé désignant un tacheté de robe de cheval. Quant au mot « Erminet », il se rapporte à une « petite hermine ».
Il est remarquable de constater qu'en patois champenois touchant à la Meuse, on dénomme la belette sous la forme de l'harminette, le h étant muet, héritage du bas-latin armellina.

En choisissant ses armoiries - à moins qu'il n'en ait hérité du lignage d'Azannes, hypothèse précédente -, notre ancêtre percevait ce rapport entre son nom, ou sa charge, et l’hermine...

L’explication onomastique du nom de Larminat est d’autant plus à rechercher qu’il existait des Lermina ou L'Herminat en Normandie aux XVII et XVIIIème siècle dans le canton d'Eu, en particulier à Touffreville-sur-Eu. La forme Larmina/Lermina et ses dérivés, bien que très marquée à l'Est, est donc partagée dans d'autres contrées et il y a donc probablement une explication d'ordre linguistique.

Mais, dans ces conditions d’où sortirait le nom de AUDRAN ?

Il est orthographié parfois Odrent, ou Dodran ; il arrive même que, dans certaines pièces, il soit question simplement du Sieur Audrent et de sa femme Lucie Auger. Ce nom lui était donc donné très couramment.

Une chose parait certaine : DODRAN était un nom de famille à Thionville, avec Jean-François DODRAN qui fut le parrain de Jean-François LARMINAT, fils de Louis dit Audran. Cela permet d’imaginer une parenté, par exemple que la mère de Louis Larminat ait pu être une Dodran. Ce Jean François DODRAN était-il un parent, réel ou adoptif ? Protecteur ou tuteur ? Cela pourrait expliquer la signature de son père, Louys LARMINAT « dit-Audran ».

Un autre ODRAN est lié avec une autre famille d’échevin de Thionville, celle de Jean Edinger, dont la seconde femme Marguerite de Caloche a été marraine de Claude ODRAN (o Thionville 22.8.1668), fils de Louis ODRAN.

Il convient de citer (ii) également :
* Antoine DODRAN, époux de Guillaume Dailly (alias Dheilly), dont : 1 fils François (o Amiens St-Michel 11.9.1631)
* Jean-Joseph BAUDRAN, époux à Metz le 13.7.1794 de Magdeleine Simon (31 ans), fille de Mathias et de Lucie Genot
* François AUDRAN, époux à 88-Senones le 17.2.1733 de Anne-Marie Fanget
* Jeanne AUDRAN (1657 + 55-Moulin St-Hubert 1706), épouse vers 1676 à 55-Moulin St-Hubert de Jean LARCHEZ (1656-1706).

On trouve donc très peu de familles Dodran, Odran, à Thionville, ni Audran, ni Odren, Daudran, ni Daudren, ni d’Audran, ni d’Odran. En revanche, on trouve ailleurs en France de nombreux Dran, voire des DAUDUN, en Meurthe et Moselle.

On trouve en langue d'oc des formes Autran ou Autrand, qui découlent toutes les deux d'une formation germanique Ald-hramm, vieux corbeau en quelque sorte. Audran est bien un prénom et les Lorrains ont toujours été friands de surnoms, de guerre en particulier, pour se distinguer d'un homonyme. On pourrait imaginer que Louis LARMINAT ne soit pas le patronyme mais le surnom et qu’il se soit appelé en fait Louis AUDRAN dit Larminat, entendu celui qui porte l'hermine, par charge communale, à la manière médiévale. Cette piste mérite attention car « le premier Androuin est en 1203, comme prénom ou comme nom, et viendrait de DUN forme connue de (Z)Andrum » (iii).

 

Une origine « Loch Mina » ? 4ème fausse piste germanique

La Philologie (iv) peut-elle nous aider à répondre à la question ?

LAR en germanique a la même racine que LOR = « le Trou », « la Vallée », et MIGNA a la même racine que MAGNUS = « Grand ».

Alors le nom de LARMINA correspondrait-il, comme beaucoup d’autres noms de familles, à une situation géographique : « La grande vallée » ?

Malheureusement, la philologie en matière de patronyme est une tentation dangereuse qui conduit à l'impasse ou le plus souvent à la fantaisie. La plupart des patronymes anciens français sont d'origine gallo-romaine ou germanique, tout comme les toponymes. Ainsi en fonction des hasards migratoires et des survivances linguistiques, on peut très bien trouver en plein Midi des patronymes de constructions germaniques, sans qu'il ne puisse y avoir un quelconque indice de filiation.

 

Une origine très locale : les Larminat autour de Thionville

Toujours est-il que le nom de LARMINAT est courant en Lorraine, ainsi que d’autres avec des orthographes proches dont les plus nombreuses sont :
* LERMINAT (alias LARMINAT), en particulier au village de Nixéville, à 12 km à l’est de Verdun (baillage de Clermont, prévôté des Montignons), famille recensée et reconnue noble par Didier Richier-dit-Clermont. Cette famille figure page 101 de l’armorial de la Recherche de Didier Richier (1577-1581), réédité à Nancy en 1894. On trouvait dès 1581 un Claude LERMINAT, mayeur de Nixéville.

Plus généralement, dans les arrondissements de Verdun et de Bar-Le-Duc, le nom est courant aux XVIIème et XVIIIème sous les orthographes  :
* LERMINA (48 fois près de Verdun (v) et 31 fois près de Bar) ;
* LERMINAT (5 fois près de Verdun) (vi)  ;
* LERMINACQ (2 fois près de Verdun) ;
* LHERMINAT (2 fois près de Verdun et 5 fois près de Bar).

On rencontre également, mais plus rarement, les noms de  :
* LERMINAL et LERMINA dans l’arrondissement de Commercy (2 fois) ;
* LARMINOIS à 57-Achain dans l’arrondissement de Sarrebourg-Château-Salins (vii). On la retrouve au XVIIIème plus loin, à Reims (6 fois), à Touffreville/Eu (viii) et à Paris.

En revanche, les orthographes sont plus éloignées dans l’arrondissement de Neufchâteau dans les Vosges où on rencontre des LERMINAUX, LERMINAND, LERMINAUD, LERMINAUT, LERMINACH... On trouve également des LHARMINAT au Québec (ix).

Les premiers actes repérés ne remontent pas avant 1600. On trouve :
* des LERMINAUX à Nancy dès 1601 ;
* des LERMINA à Verdun (St-Pierre en l’Angelé) (x) et à Clermont en Argonne dès 1619 et à Blercourt, à Parois, à Nixeville et à Rarécourt près Verdun dès 1651 ;
* des LARMINAT à Grimaucourt-en-Woëvre (près de Verdun) en 1640, et à Pont à Mousson en 1651 ;
* des LHERMINAT et des LERMIGNACQ à Souilly (près de Verdun) dès 1651.

Ceci est à comparer au 1er acte de notre famille : Jean-François LARMINAT (o Thionville 1657), fils de Louis dit Audran.

Le fait de ne pas les retrouver en amont montre bien qu'ils ne sont pas d'origine urbaine. Nous sommes au début de la Guerre de Trente Ans et les populations rurales commencent à s'engouffrer dans les villes. C'est la période la plus critique pour la généalogie en Lorraine.

 


 

(i) Science des noms propres et spécialement de personnes

(ii) On exclut la filiation célèbre des graveurs de Lyon : N. AUDRAN, issu d’une famille de Lyon, dont une lignée d’artistes :
a) Charles AUDRAN, graveur.
b) Claude AUDRAN (1592-1677), graveur, dont :
  ba) Girard AUDRAN (o Lyon 1640 + Paris 1703), considéré comme le premier graveur d’histoire, ami de Lebrun, pensionné par Colbert, graveur de tableaux de Poussin, de Leusueur, ...
  bb) Claude AUDRAN, peintre et élève de Lebrun, dont :
    bba) Benoît AUDRAN, graveur
    bbb) Jean AUDRAN, graveur

(iii) Source : mail de Jean-Marie Aubry à Stanislas de Larminat du lundi 24/05/2010 00:56

(iv) Science de l’histoire des langues

(v) A Nixeville, on trouve :
* Jeanne-Léontine LERMINA (o 55-Nixeville 13.3.1890 + 55-Vadelaincourt 3.1.1963), épouse de Auguste-Edmond NARAT (1885-1957)
* Louis LERMINA (o Nixeville 1623 + y 4.10.1693), époux à Nixeville en 1670 de Barbe Boucart, dont :
  a) Claudette LERMINA (o Nixeville-Blercourt < 1682), épouse à Nixeville (ou 55-Blercourt) le 17.1.1696 de Jean DROUIN (o < 1680)
  b) Nicolas LERMINA (o Nixeville 5.5.1675), époux à Nixeville le 31.3.1704 de Barbe Humbert, dont :
    ba) Jacques LERMINA (o 1708 + Nixeville 30.8.1761), négociant, époux à 55-Nixéville-Blercourt le 14.1.1738 de Marie de SAILLET (o v. 1708), fille de Pierre et de Marie Cugnet
  c) Jeanne LERMINA (o 6.10.1659)
  d) Marie LERMINA (o 20.8.1667)
* Jean LARMINAT (o v. 1660 + 1703), époux vers 1685 de Mlle Christophe WUILLAUME (alias Guillaume), dont :
  a) Christophe LARMINA (o Nixeville-Biercourt < 1687 + < 1731), époux à 55-Montzeville le 7.12.1703 de Anne MANGIN (o Montzeville < 1689 + > 1734), fille de Claude et de Nicole Lepape
Aux Souhesmes (près de Verdun), on trouve :
* Christophe LARMINA (o v. 1660), époux de Toussainte AUBREVILLE, dont :
  a) Marie LARMINA (o 55-Les Souhesmes 29.6.1686)

(vi) Jean LERMINA, époux de Barbe La Chambre, dont :
* Abraham LARMINAT (alias LERMINAT) (o 55-Dugny 19.2.1640 + < 1709), époux de Catherine Florentin, dont :
  a) Elisabeth LARMINAT (o Aubreville/Meuse 21.3.1670), épouse à Pont-à-Mousson, St-Martin le 4.8.1697 de Annet MILAN (alias MIRLAN), fils d’Anthoine et de Marguerite Léonard
  b) Barbe LERMINAT, épouse à 55-Parois le 23.7.1709 de François OUDIN, veuf de Claudette Bouchet
  c) Nicolas LERMINAT (55-Aubreville/Meuse 26.6.1668 + 55-Parois 30.5.1742), vigneron, époux de Jeanne Carré (1664-1744)
  d) Christine LERMINA (o 55-Dugny 20.10.1665)
  e) Jean LERMINA (o 55- Dugny 13.10.1666)
  f) Marguerite LERMINA (o 55-Dugny 13.1.1675)

(vii) François LARMINOIS, époux de Marguerite Clause, dont :
* Anne LARMINOIS, épouse à 57-Achain le 15.1.1680 de Pierre PIERRET (+ 57-Guénestroff 24.6.1710)

(viii) Nicolas LERMINA (o v. 1620 + > 1669), époux en 1642 de Françoise MASSON (+ < 1669), dont :
* Marie LHERMINA (alias LERMINA) (o Touffreville/Eu 5.3.1646 + < 1707), épouse à Touffreville le 5.3.1669 de Jacques SIMON (o Touffreville/Eu 23.3.1688), domestique, laboureur

(ix) Jean LHARMINAT (o St-Diex en Lorraine 1731 + Québec-ND 6.6.1756), sergent dans le régiment royal de Roussillon, compagnie du Bourgat

(x) A Verdun, on trouve :
* Nicolas LERMINA (o Verdun-St-Pierre l’Angelé + < 7.6.1661), époux de Nicole Cossot (+ < 7.6.1661), dont :
  a) Jean LERMINA (+ < 1690), époux à Verdun (St-Amand) le 7.6.1661 de Jeanne Trichet (+ > 1690), fille de Jean et de Alice Rouyer
* Noël LARMINA, époux de Françoise Pierson, dont :
  a) Michel LARMINA (alias LERMINA) (+ < 3.12.1695), marchand, bourgeois de Verdun, demeurant au Palais épiscopal de Verdun en 1667, époux à Verdun (St-Pierre l’Angelé) le 21.2.1167 de Anne Nemery (o Verdun-St-Pierre l’Angelé 8.2.1647 + y 17.9.1706), fille de Roch, marchand, et de Anne Genin
* Jean LARMINA, époux de Jeannon, dont :
  a) Jean LARMINA (o Verdun-St-Pierre l’Angelé 6.8.1619)
  b) Bernard LARMINA

×

 

Un brin poète ?... Féru d'histoire ?... Cette histoire de France en vers est faite pour vous. Saurez-vous la mémoriser ?