Pierre MARTIN aux prises avec son « laquais suisse »

En 1736, Pierre MARTIN se retrouve au cœur de démêlés avec un laquais d’origine suisse et avec son propre apprenti dénommé Meynadé.

En fréquents déplacements entre l’hôtel de Condé, Chantilly, et accompagnant le Prince dans ses déplacements, Pierre MARTIN écrivait quotidiennement à sa femme restée à Versailles.

Les deux fripons interceptent les lettres. Les époux Martin tendent un piège et prennent le laquais en flagrant délit.

Ils sont tous les deux licenciés…

Mais les deux lascars calomnient dans tout Paris et Versailles sur le dos des époux MARTIN.

Louis IV-Henri de BOURBON-CONDÉ intervient en faveur de Pierre MARTIN en écrivant, le 14.6.1736, une lettre à René Hérault, seigneur de Fontaine-l'Abbé et de Vaucresson (1691-1740), lieutenant général de police et conseiller d'État pour faire « donner des ordres pour faire chercher le domestique qu’on prétend être à Paris, et, si on peut le trouver, de prendre la peine d’éclaircir cette affaire, de façon que MARTIN puisse faire connaître la vérité et que sa réputation ne souffre aucune atteinte des discours de ce garçon ».

La police eut tôt fait de retrouver Ottoz, de l’arrêter et de l’écrouer au Grand Châtelet.

Il raconte le contenu d’une lettre dans laquelle « l’apothicaire apprenait à sa femme, sous le sceau du secret, qu’on lui proposait un établissement pour une de ses filles ».

Le lieutenant général de police, René Hérault, fait un compte-rendu détaillé de l’interrogatoire à Claude-Adrien Schweitzer, dit Helvétius, (1715 -1771), philosophe et franc-maçon, mais surtout médecin de la Reine, pour que toute la cour soit bien au courant à Paris de la probité de l’apothicaire de la Reine, malgré l’impossibilité de mettre la main sur Meynadé.

Helvetius répond au Lieutenant de Police :

« Le pauvre M. MARTIN souhaite fort que le laquais soit éloigné et mis en liberté. Cependant, plusieurs personnes lui font peur et ont surtout intimidé Madame sa femme et toute sa famille, en les assurant que ce malheureux, une fois sorti de prison, serait capable de se venger par quelque action criminelle, et que sa vie ne serait point en sûreté.

Ce discours a fait d’autant plus impression qu’il leur a été tenu par des personnes que vous employez dans ces cas et qui connaissent bien le caractère de ces méchants hommes, qui deviennent encore plus méchants dans les prisons par la compagnie et la conversation des scélérats qu’ils y rencontrent.

En conséquence, toute la famille de M. MARTIN, justement alarmée, m’a écrit, les larmes aux yeux, pour tâcher d’obtenir de vous que ce malheureux fût renvoyé dans son pays au sortir de la prison par un ordre. Comme c’est certainement un très mauvais sujet et qu’il y en a toujours trop, je crois qu’il n’y a pas grand mal à reléguer ce misérable dans son pays, et même que c’est rendre service au public ».


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Larminat : une famille originaire de Thionville, qui descend de Louis Larminat, dit Audran (1629-1704).